Evolution de la fonction finance : paroles d’expert

 Vérifiable dans l’ensemble des entreprises, le besoin de simplification et d’automatisation intelligente des tâches est encore plus prégnant dans les PME, estime Laurent Dechaux, directeur général de Sage Europe du Sud.

Qu’entend-on par « transformation de la fonction finance » ?

Après avoir longtemps été dans la constatation et la réaction a posteriori face aux résultats financiers de l’entreprise,  le directeur financier est aujourd’hui attendu dans l’anticipation . Face à l’accélération des changements, à la rapidité de la transformation des business et de l’apparition de nouveaux concurrents, les dirigeants souhaitent que la fonction finance propose – en amont – des pistes d’optimisation.

Malheureusement, les outils et les solutions dont disposent aujourd’hui les responsables financiers ont été construits sur la base du passé plutôt que du futur : ce sont des outils de reporting a posteriori et pas de projection a priori.  Il y a donc une forte demande d’outils d’analyse prédictive et de business intelligence , permettant de se projeter dans l’avenir mais aussi de prendre en compte des données issues de l’extérieur de l’entreprise. Par ailleurs, il faut des solutions agiles, permettant d’accéder à l’information en temps réel, n’importe quand, n’importe où, et même de toutes les manières possibles.

 Cette évolution a aussi des conséquences en matière de ressources humaines : afin de se dégager du temps pour l’analyse prédictive, les équipes souhaitent automatiser au maximum les tâches répétitives comme la saisie de données ou les connexions avec les banques. Tout ce qui permet de soulager la fonction finance des tâches administratives et à faible valeur ajoutée est aujourd’hui bienvenu. Mais attention, la transformation numérique de la direction financière va bien au-delà du back office : l’objectif est que la fonction finance soit elle aussi au service du client final et contribue à la création de valeur de l’entreprise.

Quel est l’état d’avancement des PME dans cette transformation ?

Le besoin de simplification et d’automatisation intelligente des tâches est encore plus prégnant dans les PME, dont les équipes sont réduites : l’intelligence artificielle, les chatbots, ou encore les solutions vocales, peuvent leur apporter beaucoup. La problématique des PME n’est pas qu’elles ne sont pas prêtes à se transformer, mais plutôt qu’elles ignorent souvent qu’il existe des solutions susceptibles de considérablement les aider. Il faut aujourd’hui les évangéliser, ce qui est long et assez compliqué.

Il y a aussi un défi humain : les PME ne disposent pas forcément, en interne, de responsables à même de porter la transformation numérique et elles ont du mal à les recruter. Il y a pourtant un enjeu majeur : ceux qui parviennent à bien s’intégrer à leur écosystème gagnent du temps et peuvent rendre un service plus transparent, plus simple et moins cher. Et c’est cela qui fait la différence, aujourd’hui, aux yeux du consommateur.

Et la prochaine étape ?

On est loin d’avoir complété l’étape actuelle, notamment en matière d’intelligence artificielle, de prédictif ou d’utilisation de la voix. A terme, je pense que les entreprises vont disposer d’outils financiers – ERP, back office, etc. – véritablement interconnectés. Cela permettra de faire évoluer leurs systèmes sans à-coups, de façon progressive voire continue, alors qu’aujourd’hui il faut reconnaître que le moindre changement se fait souvent dans la douleur. Une entreprise heureuse est une entreprise pour laquelle le système d’information est totalement sans douleur. Toutefois, cela ne sera possible que  si l’ensemble de l’écosystème évolue, en même temps, dans le cloud et la standardisation .

CÉCILE DESJARDINS, Echos Executives Le 11/01 à 06:00

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