Les financiers se penchent sur l’automatisation des tâches

Les services financiers ne sont pas en avance dans l’automatisation des processus. Mais de premiers projets ont abouti et le potentiel de développement semble important.

Intelligence artificielle (IA), Big data et robotisation, ces trois sujets sont aujourd’hui  sur le bureau de nombreux directeurs financiers . Du moins sous la forme d’un « cahier technique » récemment publié par le DFCG, l’association des directeurs financiers et de contrôle de gestion sous le titre « Quelle finance 4.0 pour les directeurs financiers ? » Ou du précédent opus de l’Association des professionnels de la finance, FiPlus, « CFO 4.0 : CFO augmenté ou  CFO ubérisé ? », réalisé, l’an passé, en collaboration avec Bearing Point.

Derrière les titres accrocheurs, une angoisse à peine cachée  sur l’avenir des professions financières . « Le contrôleur de gestion ne servira plus à rien si son rôle se limite à fournir des indicateurs et des données, aussi fiables soient-ils. Il faut apporter de la valeur, et l’intelligence artificielle peut nous y aider. L’innovation peut permettre aux directions financières de réduire les coûts et d’augmenter la productivité des services qu’elles rendent à l’entreprise », expliquait Frédéric Doche, président de Décision Performance Conseil, co-président du Groupe Contrôle de gestion DFCG, lors de la présentation du Cahier technique. En faisant, aussi, le constat d’un « retard dans la digitalisation des directions financières, avec une utilisation restreinte des technologies d’automatisation intelligente, comme la RPA (« robotic process automation » ou « gestion robotisée des processus ») ou l’intelligence artificielle ».

Quelques mises en production

Une étude récente d’UiPath montre que, selon les directions informatiques, les services finance et les ressources humaines sont les départements qui ont le plus de potentiel  en matière d’automatisation des processus métier . Avec, déjà, des mises en production. UiPath cite notamment le process mis en place par FM Logistic pour créer de façon automatisée des fiches fournisseurs dans son ERP. « Le robot permet d’automatiser la recherche d’informations sur les fournisseurs (numéro de Siret, numéro de TVA intracommunautaire, adresse, etc.) depuis des sites Web spécialisés », précise l’étude. Initié par le directeur financier de l’entreprise logistique, le projet a été déployé et six processus seraient aujourd’hui en production en France et en Russie – acquisitions de factures et « bank clearing » -, alors que plusieurs autres sont en cours de spécification.

De son côté, le groupe CL (Chantelle Lingerie) vient de terminer un projet visant à automatiser les opérations informatiques de paramétrage de son progiciel de gestion SAP. « L’idée est de faire réaliser par un robot logiciel les tâches permettant de créer de nouvelles divisions (points de vente) dans SAP, tâches qui nécessitent normalement de nombreuses opérations manuelles réalisables par un consultant expérimenté », remarquent les experts. L’automatisation permettrait « de faire gagner deux heures sur chacune des 400 à 500 opérations réalisées dans l’année ».

La RPA promise à une forte croissance

Tout en reconnaissant que seuls les grands groupes peuvent aujourd’hui être concernés, la DFCG liste les nombreuses « tâches répétitives que la RPA peut adresser sur certains processus ». Notamment dans la comptabilité fournisseurs – acquisitions et approbation de factures, exécution des contrôles ou audit de paiements multiples -, la comptabilité client – génération et validation des factures, rapprochements des paiements,  analyse et traitement des litiges -, mais aussi dans la comptabilité générale – écritures comptables complexes, réconciliations de comptes, calculs d’allocations de charges, déclarations de TVA ou maintenance des fiches immobilisation -, les processus paie, le contrôle de gestion et le pilotage.

De façon globale,  le sujet de l’automatisation des opérations est jugé important , voire prioritaire, par 64 % des entreprises interrogées. Mais, beaucoup ne connaissent toujours pas le sujet de la RPA et la marge de progression serait encore très importante. « Les entreprises sont conscientes des bénéfices mais sont en attente de solutions d’automatisation simples à mettre en oeuvre et abordables financièrement pour accélérer leurs projets de RPA », estime UiPath. L’étude table ainsi sur une forte progression du marché, avec une multiplication par cinq des dépenses des entreprises françaises sur les logiciels de RPA entre 2018 et 2022. Mais, attention, « toute automatisation ne peut se faire qu’avec une importante conduite du changement au sein des équipes. Le directeur Financier devra démystifier et expliquer le rôle de la transformation digitale, rassurer les équipes, accompagner la stratégie de l’entreprise et donner du sens », rappellent Annick Delhon-Bugard, directrice du contrôle de gestion de La Poste branche Services Courrier Colis et co-présidente du groupe Contrôle de gestion de la DFCG, et Antoine Vanheuverswyn, directeur financier d’Eiffage Metal. Vaste programme.

Source : LESECHOS

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