La comptabilité intégrée, une déclinaison concrète de la raison d’être

Loin des beaux discours, le modèle Care, en cours d’expérimentation dans dix entreprises de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, propose d’intégrer la préservation des capitaux humain et naturel dans le bilan des entreprises.

Parmi les 14 prescriptions du rapport Notat-Senard, qui consacre la responsabilité sociétale comme nouveau socle d’action des entreprises, l’une est passée plus inaperçue que celle directement consacrée à la raison d’être. Dans leur dixième recommandation, les deux coauteurs poussent les autorités compétentes à « engager une étude concertée sur les conditions auxquelles les normes comptables doivent répondre pour servir l’intérêt général et la considération des enjeux sociaux et environnementaux », soit exactement ce que propose la méthode de comptabilité environnementale et sociale développée par Hervé Gbego, Alexandre Rambaud et Jacques Richard, dite « méthode Care ».

Expérimentée, dans le cadre d’un programme homonyme, par une dizaine de sociétés de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur – de la TPE marseillaise Totem mobi aux grands groupes internationaux Pernod Ricard, Cemex et Auchan Retail – depuis le mois de mars 2019, cette méthode se situe en marge de la tendance extra-financière pure et dure, mais aussi de la comptabilité intégrée qui suit la logique des normes IFRS, comme celle développée par l’International Integrated Reporting Council (IIRC). « Avec la méthode Care, nous prenons plutôt en compte la norme du coût historique, précise Hervé Gbego, vice-président de l’Ordre des experts-comptables de Paris et fondateur du cabinet Compta Durable. Avant d’analyser la valeur créée par l’entreprise, nous nous intéressons à la préservation de ses capitaux de départ, qu’ils soient financier, naturel ou humain. »

Utiliser des référentiels

Sous le terme « capital humain », la méthode Care entend regrouper l’intégrité physique et psychique des salariés, mais aussi leur employabilité ; avec le « capital naturel », elle souhaite, par exemple, faire entrer les capitaux « atmosphère » ou « biodiversité » en ligne de compte. « Il ne s’agit pas, pour autant, de donner une valeur à ces différents éléments, ce qui n’aurait pas beaucoup de sens, prévient Hervé Gbego. Les coûts inscrits au passif du bilan correspondent à ce que les entreprises doivent engager pour préserver tel ou tel capital, et ce sans aucun moyen de compensation ».

Pour cela, elles doivent s’adjoindre les services d’experts, scientifiques ou médecins du travail, qui leur fournissent des référentiels en matière, par exemple, d’émissions de CO2 ou de santé mentale ou physique des salariés. « Ce n’est qu’une fois ce travail effectué que les entreprises peuvent établir un bilan où, en plus du capital financier, figurent les capitaux humain et naturel, ajoute le fondateur de Compta Durable. Ce bilan permettra d’analyser les flux, non pas pour eux-mêmes, mais en fonction des stocks. La question de la valeur de l’entreprise ne se posera alors que dans un second temps. »

En suivant la logique de cette méthode de comptabilité, les organisations auront donc intérêt à mettre en place des actions pour assurer le maintien des différents capitaux, au risque de voir leurs comptes se dégrader. « Le modèle Care permet d’aller au-delà du discours de la raison d’être, d’entrer dans une logique de cogestion avec l’actionnaire, mais aussi avec les experts du domaine naturel et de la médecine du travail, souligne Hervé Gbego. Grâce à ce système, il est possible de vérifier, très concrètement, si les engagements pris dans la raison d’être sont tenus ou restent au rang de bonnes paroles. »

Source : Les Echos Executives

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